Liana Kohlap / Machiniste

Femme Inspirante

Entrevue avec Liana Kohlap

 

J’imagine un endroit mal éclairé, des pièces de métal délaissées par terre, auxquelles on a fait une tentative de donner une forme spéciale et utile. Quelques-unes ont été mises de côté sur un établi encombré de plans. Certaines pièces servent même de presse-papier, mal nécessaire dû à la vibration de la machinerie qui les entoure, et des ventilateurs qui oscillent à cause de la chaleur.

 

Mais, je suis de la vieille école et un peu trop imaginative. Contrairement à ce que mon esprit me dictait, Mesotec est vraiment tout autre; c’est une entreprise à l’affût des standards de qualité très élevés et de technologie de pointe. 

J’ai rencontré Liana, une jeune femme de 26 ans qui y travaille depuis 4 ans, suite à un stage travail – études. « Nous sommes deux femmes machinistes sur un total de 100 employés, à faire de la fabrication »

 

Son intégration au sein de l’équipe en place ? « Aucun problème du tout. Les gens sont professionnels et respectueux. Je ne me suis jamais sentie à l’écart ni fait traitée différemment des autres ».

 

« C’est décidément mon emploi de rêve! Je m’accomplis pleinement, et les projets sur lesquels je travaille sont toujours différents ».  Même si les opportunités d’emploi sont très nombreuses, elle n’a jamais songé chercher ailleurs. Et je la crois : Propriétaire d’une maison et mariée depuis 5 ans, la maturité et la stabilité de Liana se reflètent dans plusieurs domaines de sa vie.

 

Enfant, les poupées n’étaient pas intéressantes à ses yeux. Elle a préféré jouer avec ses petits copains, plus actifs et manuels. « J’ai toujours aimé faire des choses de mes mains. Petite, mon père m’a initiée aux ensembles Legos. J’adorais ces blocs et faire des assemblages m’ont toujours captivée !! ».

 

Ses parents l’ont encouragée à suivre des études supérieures en génie mécanique.

Mais elle ne s’y sentait pas à sa place. « Je m’imaginais faire du bureau et ça m’intéressais au-cu-ne-ment ».  Le DEP en Techniques d’usinage a répondu à ses attentes et à son besoin de variété.  « C’est possible que mon père ait joué un rôle à forger ce côté de mon caractère; il était ingénieur en architecture. Il m’a fait découvrir le machinage».

 

Le travail de Liana est loin d’être routinier. Mesotec excelle dans l’usinage de très haute précision de toute sorte, mais se spécialise dans le domaine de l’aérospatiale.  Le choix des métaux varie, selon les besoins des clients et des applications. Métal, fer, aluminium… les duretés et les alliages sont nombreux, tout comme les secteurs d’activité et les industries. Ils ont même fabriqué des petites pièces de plastique insérées dans un poumon artificiel fait de liège, pour simuler un cancer. Oui, la densité du liège ressemble énormément au tissu d’un poumon.

 

Fabriquer des composantes et des équipements complexes, c’est une chose, mais Liana peut aussi participer aux étapes finales. « C’est très valorisant quand les pièces que j’ai fabriquées sont assemblées sur place et que tout fonctionne ».

 

À partir d’un cylindre de métal et d’un dessin (parfois même griffonné sur un bout de papier !), les possibilités sont presque illimitées. « Les projets ne sont pas tous faciles, et on se casse parfois la tête, même si la machinerie moderne offre les fonctionnalités de programmation. Certains de mes collègues travaillent encore en alternance avec les anciennes méthodes ».  Ce sont des ressources importantes pour les plus jeunes; Ils ont vu l’évolution du métier, et n’hésitent pas à offrir leur support et leurs conseils au besoin.

 

Même si elle a choisi un métier principalement occupé par des hommes, Liana est féminine, et je remarque qu’elle porte des boucles d’oreilles fort originales. « Je les ai fabriquées », me dit-elle fièrement.  Je suis impressionnée et je les observe de près. Elles sont parfaites. Des pics minuscules, des cercles… et des « spacer plugs » délicats. « Ceux sur le marché sont trop épais… alors je les ai fabriqués à mon goût ».

Et elle s’est fait quoi d’autre ? « Des boules de Noël ». Ça me fait rire. Une superbe idée! « Elles étaient longues et tournées… en aluminium.

On peut leur donner le fini voulu; Il s’agit de laisser toute la place à sa créativité ».

 

Les métiers  spécialisés sont bien rémunérés et en grande demande. Selon Liana, on n’y accorde pas assez d’importance.

 

« Il n’y a aucune honte à travailler de ses mains. Si tu es habile et que tu as une bonne tête sur les épaules, tu peux très bien gagner ta vie. Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi c’est si particulier d’être une femme dans un métier non traditionnel. Notre société devrait passer à autre chose. Bien informer les jeunes de l’éventail des carrières disponibles, et les encourager dans leurs décisions pourrait faire

toute la différence ».

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