Julie Germain / Policière

Femme Inspirante

 

« Maudite police. Tu n'es pas de taille! Viens-t'en ma belle... J’vais faire qu'une bouchée de toi... »

 

Julie ne s'en fait pas. Il y a longtemps, elle aurait peut-être eu envie d'accepter l'invitation. Mais il ne sert à rien d'embarquer dans ce genre de confrontation,

elle le sait très bien.

 

Depuis 12 ans, Julie travaille comme agente à la Sureté du Québec. Lors de sa première année de service, elle avait fait les manchettes après avoir aidé une femme

à accoucher, dans une voiture : Une expérience qu'on n'oublie jamais.

 

Enfant, elle jouait régulièrement aux Cowboys. Et devinez qui s'occupait toujours de faire régner l'ordre en ville? La petite Sherrif Julie.

Mais c'est lors d'une journée passée en compagnie de son frère ainé qu'elle a eu le coup de foudre et la certitude de son choix de métier. Par contre, il n'a pas été accepté avec enthousiasme par ses parents. Que son grand frère soit policier, c'est une chose...

Mais elle? C'est un métier dangereux...

 

Déjà équipée d'un Bac en psychologie, elle décide de suivre une technique policière au Cégep et poursuivre son désir. À la suite de ces trois années, elle complète haut la main la formation donnée à l’École Nationale de Police, à Nicolet. « Ces quinze semaines sont très intenses

et complètent les enseignements des Cégeps, afin que tous les aspirants policiers reçoivent la même formation, plus pointue. Les mises en situation sont très réalistes et les comédiens sont excellents ! Ils ont l'expérience nécessaire pour changer le cours d'une situation selon les différentes réactions des étudiants. »

 

Ces apprentissages sont des outils essentiels pour faire face au quotidien. Que ce soit l’affrontement d’un homme en colère, d’un accident de

la route ou d’une contravention au code de la sécurité routière, aucune situation n’est pareille. Et, pas question de se prélasser dans la routine et de baisser ses gardes. Qu'elle soit allée plusieurs fois au même endroit pour faire des interventions, ses précautions demeurent les mêmes : Faire les choses par habitude mènent souvent à la surprise et à la vulnérabilité.

 

« La réaction des gens est tellement imprévisible. On ne peut absolument rien prévoir; il faut s’attendre à n’importe quoi. »

 

Julie a un sens de l’humour surprenant. Elle m’a immédiatement mise à l’aise dans la grande salle de conférence de la Sureté. C’est une qualité de sa personnalité qui transparaît aussi lors de ses interventions et qui détend les gens. Être une femme policière fait-elle une différence ?

« Je crois que oui. La dynamique est différente, peut-être calme. Ma patience, mon humour et ma sensibilité sont des traits de caractère qui

me permettent souvent de désamorcer des situations difficiles. Donc, je fais rarement preuve de répression. Tout est dans l’approche envers

les gens, et je suis persuadée que ma formation en psychologie aide énormément. »

 

L’interaction avec les citoyens est un des éléments de son travail qu’elle apprécie le plus. « Lorsque je fais ma patrouille, je n’hésite jamais

à arrêter et à jaser. C’est étonnant combien ça me comble. En région, on croise régulièrement les mêmes personnes, on a davantage de proximité, on se sent plus près des gens. »

 

Elle ne voudrait pas travailler dans une grande ville, comme Montréal. « Il est seconde nature pour moi d’aider les gens. Dans un milieu urbain, les policiers n’ont pas le temps de s’occuper d’un dossier du début à la fin. Pour moi, il se créerait un sentiment de détachement, de travail inaccompli. Certains carburent dans ce type d’environnement, mais ce n’est pas pour moi. »

 

De plus, la vie de policier ne ressemble en rien à celle du Gars des Vues, même en ville. « Il y a un dicton : « Tu peux oublier ton arme, mais

pas tes crayons. Oui, tes crayons », dit-elle en riant. « Avec toute la paperasse à remplir, les rapports… sans crayons, tu es foutue !».

 

Les régions offrent leur lot de diversité et de gravité d’événements, en proportion avec la densité de la population, bien sûr. Les policiers en milieu rural n’ont pas nécessairement la vie plus facile. « Il n’y a rien qui se compare à la préparation mentale qui s’enclenche lorsque je reçois un appel d’intervention. C’est difficile à décrire. Tout est précis, remarquablement clair ». Sans doute l’effet de l’adrénaline...

 

« Par exemple, sur un lieu d’accident, on porte différents chapeaux : aide psychologique aux victimes, secouriste, coordonnatrice avec les autres intervenants, tels que pompiers et ambulanciers. De très beaux défis ! Et, malgré l’intensité d’une situation, ma sécurité est primordiale, essentielle; je dois donc toujours avoir une vue d’ensemble de ce qui ce passe, malgré les distractions.»

 

J’apprends avec étonnement que le taux de divorce des policiers est un des plus élevé de tous les métiers, et que l’espérance de vie est de

67 ans. Stress, mauvaise alimentation et les quarts de travail changeants en sont les principaux facteurs contributifs.

 

Mais, le sentiment du devoir accompli est très grand. Les égos aussi. Les policiers ont des caractères forts, donc les couples dont les deux sont policiers sont peu nombreux. Certains conjoints sont ouverts à entendre parler de la journée mouvementée de leur douce moitié, d’autres pas du tout. « Il se passe des choses dans la vie d’un policier que la majorité des gens n’auront jamais à voir, ni à entendre, au cours d’une vie.

Si on décide de raconter des événements et de partager, nos proches s’en font une idée, une image mentale qu’il n’est pas toujours agréable, voire difficile à visualiser. On mise plutôt sur le positif, le comique. Pour le reste, il en revient à soi-même et aux différents outils offerts en milieu de travail, pour y faire face. Mais, la façon qu’on perçoit, qu’on réagit et qu’on assimile change tout ! Il faut en être conscient et faire

les changements nécessaires. Personnellement, l’humour joue en grand rôle dans mon quotidien. Sans rien enlever à la sévérité de certaines circonstances, ça m’aide à garder un équilibre sain.»

 

« Pour décider d’y faire carrière, il ne faut pas s’en faire avec les ouï dires ! » Les femmes aspirantes policières suivent exactement les mêmes cours et les mêmes formations intenses que les hommes à l’école National de Police. « Il va sans dire que les exercices physiques et d’endurance sont adaptés pour les femmes. On a beau en parler longtemps, la force d’une femme n’est pas équivalente à celle d’un homme.

Il faut se faire confiance : Une fois les formations complétées et un diplôme en main, on a tous les outils pour être policière. Sois passionnée

et ne te vois pas comme une femme police : Tu es une police, un point, c’est tout.»

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