Johanne Addison / Camionneuse

Femme Inspirante

Johanne est camionneuse depuis plus de 10 ans. 

Son territoire est maintenant l’est de la ville de Montréal, avec une remorque de 53’ équipée d’une plate-forme élévatrice et des barres logistiques pour créer un deuxième étage. Elle parcourt les secteurs industriels et des raffineries… Elle transporte principalement des matières dangereuses, ce qui permet aux autres chauffeurs de l’entreprise de traverser vers la rive-sud plus rapidement, en empruntant le tunnel Hippolyte-Lafontaine.  Une décision d’efficacité des opérations,

mais qui lui demande plus de formation et de porter

une attention particulière aux règlementations, la manutention, et la conformité de l’emballage de la marchandise. 

Elle doit même passer des stations de sécurité, et enfiler des vêtements de protection dans certaines usines.

Elle passe donc beaucoup de temps dans la circulation de la ville et fait preuve de patience. Elle a deux klaxons sur son camion : Un petit

qui retentit comme celui d’une voiture, pour réveiller les automobilistes somnambules, et ses grosses flûtes, pour les plus … engourdis.

« Je ne les utilise que très rarement. C’est juste… trop! » dit-elle en ricanant.

 

Rire et sourire sont tout aussi seconde nature que sa passion de conduire. Et les clients que Johanne côtoie ne sont jamais laissés indifférents par son énergie et sa bonne humeur, même s’ils ne la voient que 8 minutes par jour. « C’est le temps moyen qu’il me faut pour reculer, ramasser ou livrer la marchandise, signer les documents d’expédition puis partir. » Quatre minutes au sein desquelles elle prend un plaisir fou à saluer les gens. Sa personnalité positive et énergétique est très appréciée des clients.

 

« Ce que j’aime le moins de mon travail, c’est le bureau. Je suis toujours impatiente d’avoir mes papiers pour partir sur la route le plus tôt possible ».  Avec son énergie, vous l’imaginez  certainement piétiner sur place devant un commis qui tente bien que mal de rassembler des documents rapidement…

 

Je suis privilégiée que Johanne m’ait accordée une entrevue car elle est sollicitée de toutes parts. Étant l’une des rares femmes camionneuses qui font du transport de ville, sa réputation n’est vraiment plus à faire dans le domaine.

 

Mais ça n’a pas toujours été le cas. Une fois sa formation complétée, aucune compagnie de transport ne voulait l’engager. Aucune ne voulait

lui donner sa chance. On disait qu’il fallait de l’expérience. Au moins six mois. C’est un ami d’enfance qui faisait du transport entre Montréal

et l’Ouest canadien qui lui a donné son premier emploi, en Super Single. C’est un terme entre le Team - quand deux chauffeurs conduisent le maximum de leurs heures et que le camion roule presqu’en continu, et le Solo – quand le chauffeur conduit environ 950 km par jour.

En Super Single, les chauffeurs font en général 1300 km par jour. C’est payant mais fatiguant.  Pendant qu’un chauffeur dort, l’autre conduit. Pendant qu’un met du carburant, l’autre prend sa douche. Ce sera l’inverse au prochain arrêt pour mettre du carburant. Par exemple, si 60 heures étaient allouées pour un trajet entre Toronto et Vancouver et que le trajet était fait en moins de temps, c’était des heures pour enfin se reposer ou visiter.

 

« L’hiver, c’est quasi impossible de dormir dans les rocheuses – il y a trop de côtes… et même si on fait confiance à notre partenaire de route, notre subconscient dicte à notre corps que c’est trop stressant.  J’ai souvent eu à diriger l’autre chauffeur en regardant par ma fenêtre… et me baser sur la distance des garde-fous et les fossés…  Je m’en souviendrai longtemps. Le trajet entre Calgary et Vancouver, c’est l’essentiel des rocheuses… et c’est 12 longues heures de côtes. »

 

Johanne et son coéquipier faisaient en moyenne 3 voyages par mois. Toutes ces heures sur la route ont été faites en échange d’expérience de conduite et de compromis aux niveaux personnels et familiaux. « J’ai adoré cette expérience de conduite qui a duré un an et demi. Mais c’est difficile de garder des liens et des contacts avec un tel horaire. Il faut être capable de s’adapter.»

 

Depuis, Johanne fait principalement du LTL (chargements partiels). « C’est vraiment ce que j’aime. C’est toujours différent et j’ai énormément

de plaisir à interagir avec les gens! Le fait que je procède souvent moi-même au chargement et au déchargement de la marchandise me permet d’échanger avec des employés de plusieurs niveaux. » La manutention des palettes se fait avec son transpalette électrique. Un privilège que son employeur lui a accordé après qu’elle se soit fait fracturer l’épaule par une porte de remorque qui a subitement fermé à cause d’un vent de 80km/h. Les trois opérations ont laissé une cicatrice importante. Avant cet accident, elle pouvait avoir à manipuler jusqu’à 4,000 livres avec

un transpalette manuel.

 

Même si elle est la seule femme sur 160 chauffeurs à l’emploi de l’une des plus grandes compagnies de transport au Québec, elle s’implique comme si c’était son entreprise. Elle se connait bien; elle est incapable de faire autrement, … c’est plus fort qu’elle. C’est une qualité que

certains voient parfois comme un défaut, et qui peut créer des tensions. « Je fais ce que j’ai à faire. Je le fais bien, et avec fierté. Je n’ai rien à prouver à personne. »

 

Etre camionneuse est facile. Etre une bonne camionneuse est exigeant. Physiquement et mentalement.  Johanne a parfaitement choisi son métier, probablement sans s’en rendre compte… Ces traits de son caractère ont-ils été développés suite aux nombreux déménagements quand elle était jeune? « Oui, on a beaucoup déménagé. J’ai arrêté de compter à 50. C’est possible que ça ait contribué à éliminer ma gêne et facilité mon adaptation à de nouvelles situations. À 16 ans, ma mère m’a obligée de suivre un cours de relations humaines. Obligée, presque de force!

J’ai reconnu, avec le temps, que c’est un des plus beaux cadeaux qu’elle m’ait offert. »

 

À ma question : « Te verrais-tu exercer autre chose, comme travail ? » Elle songe à voix haute et se demande si, dans quelques années, elle ne ferait pas une réorientation de carrière en vente ou marketing dans le domaine du transport. Une avenue qui lui permettrait de continuer de rencontrer les clients et d’être sur la route… ne serait-ce que dans un véhicule beaucoup plus petit!

 

Mais pour le moment, elle aime trop ce qu’elle fait. Et ça paraît. De tout son être. 

 

Johanne répond instantanément, sans hésitation aucune : Quel conseil donnerait-elle aux jeunes femmes ? 

« Sois passionnée et ait du cœur au ventre. Tu auras le respect de tes pairs et ta satisfaction personnelle sera énorme. C’est tout ce qui compte. »

 

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