Sophie Lalande / Coordonnatrice au transport

Femme Inspirante

 

J’ai rencontré Sophie à son lieu de travail, dans le Vieux-Montréal. Elle est à l’emploi de Milgram depuis presque 5 ans, au sein de la division transport Nord Américain.

 

« J’aime travailler ici. Milgram a de belles valeurs sociales et respecte ses employés. C’est plus rare de nos jours et c’est un aspect qui est important pour moi. Aussi, on me donne de plus en plus de responsabilités et je n’ai pas l’impression de stagner. » Sophie a beaucoup de respect pour son employeur, et par ma visite de leurs bureaux, je sens que c’est réciproque. De ses 5 pieds, Sophie est bien petite, mais elle en a dedans, comme on dit. Son énergie est contagieuse, comme son sourire.

 

Je doute fortement qu’elle se sent bien dans la redondance et la routine.

Elle a récemment complété un cours du CIFFA (Canadian International Freight Forwarders Association). Environ 2 années d’études par correspondance, complétées en arrivant plus tôt au travail et lors de son trajet dans le train de banlieue. « Les cours en ligne offrent toute la flexibilité nécessaire autour d’un horaire de travail. Heureusement que j’avais ce temps libre entre le bureau et la maison pour étudier et faire

mes devoirs. »

 

Et du temps, elle en a.  40-45 minutes de train matin et soir, plus une vingtaine de minutes de marche entre le bureau et la gare.

« Le train me permet de lire, de relaxer, et m’évite le stress du trafic. »

 

Faire ce trajet tous les jours ne la dérange pas du tout. De longs trajets lui plaît énormément, en fait. Car avant de travailler chez Milgram,

Sophie était camionneuse. Chauffeure. Camionneure. Dites-le comme vous voulez : Elle conduisait un truck. Un gros.

 

Mais d’où est venu ce désir de conduire un camion lourd ? Soudainement, ses yeux verts brillent encore plus et son visage s’illumine.

Je souris car je vois et je sens qu’elle me dira quelque chose d’important. …Qu’elle a probablement dit plusieurs fois déjà. Mais la pause

qu’elle prend, elle est mesurée, et je la savoure autant qu’elle.

 

« Un rêve d’enfance. J’étais en maternelle. Mon père conduisait l’auto et on traversait la réserve des Laurentides. C’était l’hiver, en pleine tempête,

et il a perdu le contrôle de son véhicule. Deux camionneurs se sont arrêtés et nous ont portés secours. » Ils ont escorté son père et sa famille,

jusqu’à destination : un camion en avant et l’autre en arrière. Le véhicule familial entre les deux. « Ils ont dit à mon père : On ne te lâchera pas,

tant que tu ne seras pas arrivé. » Et voilà qu’elle prend la grande décision: elle allait conduire un camion lourd.

 

Voir si une fillette en maternelle décidait de son avenir. Conduire un poids lourd ! Ce n’est pas pour les filles, voyons !

 

C’est à trente ans qu’elle a enfin réalisé son rêve. Celui qu’elle gardait précieusement tout ce temps. « Il y a des périodes dans notre vie où

tout devient clair. Où tout converge vers un même point et on n’a aucune hésitation dans nos prises de décisions. »

 

Sans conjoint, sans enfant, sans animal de compagnie, elle était libre de partir. Ses parents n’ont pas approuvé son choix. Trop dangereux.

Mais, ils ont respecté sa décision. « Mon père s’est excusé par la suite. »  La seule chose qu’elle aurait fait différemment : suivre un cours professionnel au lieu de choisir l’école de conduite Du Coin. « Il y a des choses sur lesquelles on ne doit pas faire de compromis. Suivre un cours professionnel donne accès à des formateurs qui ont l’expérience pertinente.  On peut avoir des trucs et des techniques plus avancées. »

 

« Les cours de conduite automobile devraient inclure un volet camion lourd. » En effet, le commun des mortels n’a pas la moindre idée de ce qu’implique conduire un de ces mastodontes. Les contraintes de visibilité. Encore moins les limites de distances d’arrêt, surtout avec une remorque chargée. « Se faire couper par une voiture quand on voit les enfants assis sur le siège arrière… c’est pas facile. L’insouciance des automobilistes fait parfois mal au cœur. Ce n’est que de l’ignorance; les gens ne se rendent pas compte. »

 

Faire de la ville, non merci. « Ça prend de la patience. Beaucoup de patience. » Du flat-bed, ça peut être plus payant pour le travail que ça

implique mais il faut une certaine force physique. »

 

Je comprends… avec son gabarit, c’est un défi de taille, comme on dit.

 

Parcourir de longues distances avec quelques livraisons en cours de route, c’est ce qu’elle préférait. Ceci lui permettait de prendre contact avec les clients et de planifier son temps. Bien géré, elle pouvait alors visiter des endroits et profiter des paysages. « Dire un petit bonjour au téléphone à mes parents en me reposant sur les plages de Malibu en janvier… C’est dur à battre! »

 

Des paysages, elle en a vu. Des montagnes du Montana, San Francisco, les prairies Canadiennes et les routes montagneuses de l’Ouest… « La beauté de ce qu’on voit défiler devant nous est difficile à expliquer. Il faut le vivre, le ressentir pour bien comprendre. » Passer autant de temps

à conduire comporte aussi ses inconvénients. « L’hiver, j’ai parfois eu envie de tout arrêter et laisser passer la tempête. Mais on garde nos distances, on avance tranquillement mais surement, et on porte une attention particulière aux autres. La remorque vide qui vacille en arrière et qu’on a l’impression de perdre, ou celle qui est pleine et qui pousse lorsqu’on descend une côte, c’est spécial comme sentiment. Après un certain temps, on s’habitue », dit-elle en riant.

 

Nous sommes toutes les deux d’accord : Si tout est toujours simple, beau et stable, c’est ennuyant! 

 

« Essentiellement, il ne faut jamais prendre une attitude nonchalante au volant, dans le sens de baisser notre garde de l’attention qu’on porte sur la route et la conscience de danger, qui est toujours présent.  Il est tout aussi important de prendre soin de nous-mêmes. Ceci veut aussi dire bien se nourrir, quitte à se préparer des petits plats santé et faits maison, et de respecter nos limites de fatigue. Les camions ont tout le nécessaire pour être très confortables et autonomes. »

 

Et la solitude ? « Pas du tout! On rencontre énormément de gens intéressants. Les chauffeurs de camions sont généralement respectueux,

de bons vivants et agréables à côtoyer. » En tant que femme qui descend de son camion chez un expéditeur ou qui fait le plein de carburant,

c’est plus facile à aborder pour une conversation amicale, non ? « Bien sûr! L’interaction est différente. Mais je n’ai jamais eu de commentaires déplacés, ni vécu de situations où je ne me sentais en danger. Par précaution, je prenais soin de rester dans mon camion le soir et je stationnais dans des endroits sécuritaires. »

 

« Etre à mon compte avec mon équipement, ça ne m’intéresse pas du tout. La comptabilité, trouver des voyages, les contacts… Sans oublier les responsabilités, les coûts du carburant et l’entretien… Il faut avoir les reins très solides. »

 

Ses tracteurs préférés sont les Peterbilt et les Volvo. Pour la beauté des modèles, mais aussi pour leur convivialité en rapport avec sa grandeur.

Elle me décrit son Pete, le shifter dans les airs à bout de bras, le volant à la hauteur du front. Je m’imagine avec humour le regard des gens qui

la voyait derrière le volant. You GO, girl !

 

J’aurais pu l’écouter longtemps à raconter des histoires, mais je la laisse tranquillement retourner au travail.

 

« Conduire un camion lourd, c’est mon élément. Ce fut de très belles années et j’en garde d’excellents souvenirs. Je retournerai sur la route à ma retraite; C’est plus fort que moi.» Sophie a réalisé son plus grand rêve et l’a accompli avec passion. Je partage avec plaisir sa fierté et sa détermination. Seule dans l’ascenseur de l’édifice, je souris car je la vois déjà au volant…

 

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